Halluin : il pensait économiser de l’énergie, il se retrouve avec un poêle à bois à 20.000 €

Parce qu’il pensait faire des économies d’énergie, Chrysole Verhaeghe a signé en mai 2012 un contrat avec Nord Énergie. Depuis, il vit un enfer.

Chrysole Verhaeghe est un homme simple, de la famille des trop gentils. Salarié à Halluin, autonome, vivant seul avec deux chiens dans une petite maison qu’il possède, il accorde volontiers sa confiance. Il ne se méfie pas en acceptant le rendez-vous proposé par un commercial de Nord Énergie, société roubaisienne spécialiste en éco-énergies. Le 18 mai, convaincu par les arguments de Frédéric, le représentant, il signe un bon de commande de 19 990 euros. Cela comprend une chaudière à condensation, un kit écogeste censé réduire la consommation de 30 % et l’isolation des combles. « Je l’ai prévenu que j’étais déjà endetté et que je n’aurais pas le crédit, explique Chrysole Verhaeghe, mais la société m’a répondu que c’était un prêt à taux zéro avec une réduction d’impôt qui allait me faire gagner de l’argent. »

Un chèque de 1 000 euros

Alors, quand Nord Énergie lui annonce que la banque Solfea a accepté son prêt, l’homme ne crie pas de joie. Les mensualités de 187 euros commencent. Elles s’ajoutent à des crédits à la consommation chez quatre autres organismes qui s’élèvent à 546 euros, un crédit immobilier de 630 euros… Il reste à Chrysole moins de 400 euros pour payer ses impôts, son eau, son électricité… et sa nourriture.

Entre-temps, la société d’éco- énergies change le bon de commande qu’elle antidate : ce ne sera pas une chaudière à condensation mais un poêle à granulés de 6 kw, pour le même prix : « J’ai regardé sur Internet et j’ai vu qu’un tel poêle valait 2 000 euros ! Je les ai appelés pour m’énerver et ils sont venus à deux un soir avec une bouteille et ils m’ont fait un chèque de 1 000 euros. J’ai accepté. » Et Nord Énergie lui présente un protocole d’accord transactionnel pour empêcher des poursuites judiciaires, et lui promet de faire ses combles. Et Chrysole signe : « Je n’avais plus d’argent. Ils m’ont dit de vendre ma maison, mais je l’aime cette maison.» Qu’il n’a d’ailleurs pas fini de payer.

C’est à ce moment qu’intervient Christian Tesse, expert en bâtiment (lire ci-dessous), qui a pitié de cet Halluinois qui nourrit les pires idées noires. L’expert lui retire le kit écogeste, fait un diagnostic complet et gratuit et évalue les travaux réalisés à 6 500 euros : « Et le tubage a été mal fait ». Chrysole suspend toute relation avec Nord Énergie et va voir une assistante sociale qui monte un dossier de surendettement pour la Banque de France. En novembre, son dossier est accepté et Chrysole sort un peu la tête de l’eau.

Le PDG de la société (créée en 2009 à Roubaix) mise en cause, Nassim Boukrouh, connaît parfaitement le cas Verhaeghe. Il estime que son entreprise est aussi victime : « Le commercial qui a démarché ce monsieur a été licencié car il a eu des propos mensongers avec ce client et avec d’autres. Pour se venger, il est retourné chez M. Verhaeghe pour lui promettre des choses et ainsi nous nuire. » Et le dirigeant d’expliquer qu’il ne peut rembourser : « Moi, je voulais annuler ce dossier mais le prêt à taux zéro est lancé et on ne peut faire machine arrière. » Pour les 1 000 euros accordés contre le silence de la victime, Nassim Boukrouh ne trouve rien d’anormal : « Il était à bout, parlait de suicide, alors, on est allé le voir pendant une heure et on a donné cet argent. Évidemment, contre cet accord. » L’homme explique que le poêle a remplacé la chaudière « parce qu’il n’avait pas le gaz », ce qui est faux. Et un poêle à 13 518,69 euros ? « Mais cela comprend la pose, la garantie, le suivi... », se défend le PDG. Le kit écogeste, lui, n’est plus commercialisé.

Rester en bons termes

Effet de notre appel ou coïncidence… le patron annonce : « Nous allons lui proposer de finir les travaux ou alors une indemnité pour rester en bons termes. Nos clients proviennent à 30 % du bouche-à-oreille, c’est primordial pour nous ! » Nord Énergie, l’an dernier, a remboursé 100 000 euros à des clients mécontents. Nassim Boukrouh ne s’engage sur aucun montant pour Chrysole Verhaeghe.

«C’est un double abus de faiblesse»

Pourquoi défendez-vous Chrysole Verhaeghe ?

« Parce que je commence à en avoir marre de toutes ces sociétés qui promettent des économies d’énergie en abusant de la faiblesse des gens. Sur dix installateurs, onze ne sont pas honnêtes ! Comme la publicité est très fréquente sur la réduction de la consommation, les personnes écoutent quand on leur propose des solutions, mais elles ne font pas assez attention. M.Verhaeghe était dans un état lamentable quand je me suis occupé de lui, il n’avait plus de ressources, ne savait plus comment s’en sortir. Il est possible de faire appel à un avocat mais cela coûte cher. Et puis la situation était urgente. J’ai conseillé à Chrysole de faire un dossier Banque de France, ce qui lui permet aujourd’hui de sortir la tête de l’eau. »

Que pouvez-vous faire dans un pareil cas ?

« Je suis expert en bâtiment depuis trente ans et je milite sans relâche pour que les particuliers viennent nous voir avant de signer. Oui, ça va leur coûter 100 ou 200 euros pour l’étude de leur devis, mais au moins ils feront fuir les escrocs. Rien que de dire J’ai un cousin expert peut faire son effet, et ça ne coûte rien. Quand il arrive un sinistre, l’assurance mandate un expert et dans l’immense majorité des cas, le particulier ne recourt pas à un expert qui puisse le défendre. »

Ne prêchez-vous pas pour votre paroisse ?

« Vous savez, j’ai assez de boulot comme ça, je suis presque en retraite et je défends Chrysole pour zéro centime. Mon problème n’est pas de faire de la pub mais d’endiguer ces arnaques qui ne cessent d’augmenter. Je veux jouer un rôle préventif et pas curatif. Certes, vérifier un devis coûte mais si nous faisons baisser la facture ou si nous décelons des travaux pas conformes, cela représente une économie pour le client. »

Publié le 04/02/2014
​Source : La Voix Du Nord